Bernie Sanders : l’avènement du socialisme démocratique aux États-Unis d’Amérique

Mis à jour : avr. 26


Si Bernie Sanders a abandonné la course à la présidence des États-Unis d’Amérique, il a tout de même remporté la bataille idéologique. En seulement deux candidatures, le Sénateur du Vermont aura permis la renaissance de la gauche américaine, renforçant l’aile progressiste du Parti démocrate et convainquant de nombreuses personnes, qui avaient refusé l’establishement représenté par Hillary Clinton, candidate malheureuse en 2016.

On y croyait pourtant : Sanders remporte le vote populaire dans les trois premières primaires et Joe Biden, grand favori, est largué. Mais il reprend des forces en remportant largement la primaire en Caroline du Sud, sa première victoire en trois candidatures (1), puis dix des quinze scrutins en jeu lors du Super Tuesday du 3 mars, plus que prévu. La campagne est relancée pour Biden, elle se tasse pour Sanders. Ce dernier abandonne la course le 8 avril, Biden devenant le candidat démocrate à l’élection présidentielle. Les échecs post-Super Tuesday et la crise pandémique auront eu raison de la candidature du Sénateur.

Pour autant, une bataille idéologique a été gagnée : tabous jusqu’alors, les mots liés au socialisme sont revenus sur le devant de la scène américaine par la grande porte. Que ce soit par le terme « democratic socialism », l’idée d’une assurance universelle – déjà testée dans l’État du Vermont entre 2011 et 2014 (2) –, la mise en avant du collectif humain sur les intérêts capitalistes du 1% le plus riche, etc. Ces théories sont à nouveau présentes après avoir disparu pendant la révolution conservatrice des années 1980.

Il faut tout de même prendre en compte le contexte favorable à ces questionnements quasi inexistants il y a 4 ans : les impôts sur les riches ont largement diminué, les salaires stagnent, les discriminations raciales sont en hausse (3) – à tel point que plusieurs dizaines de milliers de personnes non-blanches ont disparu des registres électoraux – et le coût du dépistage au Covid-19 est exorbitant (4), sans parler des problématiques séculaires liées au domaine de la santé, que l’Obamacare avait tenté de résoudre.

Au-delà du contexte, c’est une évolution globale de la société américaine qui s’amorce, en particulier sur l’assurance-maladie universelle : lors d’une rencontre organisée par la très conservatrice chaîne de télévision Fox News à laquelle Bernie Sanders est invité – il sera le seul candidat à la primaire démocrate à accepter une invitation de la chaîne –, on demande aux personnes présentes dans le public si elles seraient prêtes à payer pour une assurance publique obligatoire ; c’est une valse d’applaudissements qui s’active (5). Depuis la crise pandémique, la popularité du Medicare for all s’est accrue. Joe Biden voit le vent tourner et ajoute dans son programme, début avril, quelques mesures promues par Bernie Sanders (6).

L’influence de Sanders et des progressistes sur le Parti démocrate ne commence pas en 2019-2020 : début 2017, alors que la Présidence du Comité national démocrate – l’exécutif du Parti démocrate américain – est en jeu, Tom Perez, représentant de l’establishement, est élu avec une petite avance (235 voix contre 200) face à Keith Ellison, idéologiquement proche de Sanders. Ellison sera nommé vice-président du Parti par Perez (7). On pensera également, en 2018, à la primaire new yorkaise dans son 14e district, durant laquelle l’inconnue Alexandria Ocasio-Cortez (que l’on surnommera AOC par la suite), militante des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), est nommée candidate et élue le 6 novembre 2018, en même temps que sa camarade Rashida Tlaib. Elles répètent ainsi l’exploit de Bernie Sanders dans le Vermont, élu 28 ans plus tôt à la Chambre des Représentants en qualité d’indépendant.

En 2020, Donald Trump sera probablement réélu. Joe Biden ne sera sans doute pas capable de faire basculer suffisamment d’États pour l’emporter : Bernie avait les ouvrier·e·x·s, qui avaient voté Trump en 2016, Biden ne les a pas. La vraie bataille de 2020 se jouera au Congrès : réélection d’AOC et Tlaib, majorité de blocage, avance de l’aile progressiste du Parti démocrate face aux ailes libérales et modérées. Si 2016 et 2020 auront été des échecs partiels pour l’aile progressiste, le retournement de l’électorat conservateur pour plus de justice sociale et d’égalité et le réveil de la gauche sur tout le continent américain pourraient permettre de l’emporter en 2024.

Comment évolueront les Partis démocrate et républicain ? La social-démocratie va-t-elle renaître aux USA ? Assistera-t-on à l’effondrement du centre qui a dominé trente ans de la politique américaine ? Un parti avec les modéré·e·x·s de chaque camp se créera-t-il ? Ces questions resteront ouvertes au moins jusqu’au 3 novembre. D’ici là, la campagne promet d’être passionnante.

Dans tous les cas, merci Bernie. Pour tout. Et bonne chance à l’aile progressiste.

Mehdy Henrioud

Notes de bas de page:

(1) Il avait déjà été candidat à la Présidence des États-Unis en 1988 et 2008, mais avait respectivement perdu contre Michael Dukakis et Barack Obama, dont il formera le co-listier sur le ticket démocrate

(2) https://hcr.vermont.gov/, consulté le 15 avril 2020

(3) https://www.statista.com/chart/16100/total-number-of-hate-crime-incidents-recorded-by-the-fbi/, consulté le 15 avril 2020

(4) https://time.com/5806312/coronavirus-treatment-cost/, consulté le 13 avril 2020

(5) https://www.youtube.com/watch?v=DV60Q8-B808, visionnée le 7 avril 2020

(6) https://www.washingtonpost.com/politics/biden-moves-closer-to-sanders-on-health-care-and-student-debt/2020/04/09/7ca45ce2-7a70-11ea-9bee-c5bf9d2e3288_story.html, consulté le 11 avril 2020

(7) https://www.newyorker.com/magazine/2017/02/27/will-keith-ellison-move-the-democrats-left, consulté le 15 avril 2020

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